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Chine:Où s’en va le yuan?

Stupeur sur les marchés à travers le monde après une deuxième dévaluation de la monnaie chinoise.

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AGRIchine

Photo: Archives Agence France-Presse Des travailleurs agricoles à l’œuvre dans un champ de lavande dans la province du Liaoning. La Chine, qui a dévalué sa monnaie deux fois en autant de jours, tente d’accroître ses exportations pour raffermir son économie. Cette double dévaluation a semé l’inquiétude sur les marchés.

Les marchés boursiers du monde entier ont réagi avec stupeur mercredi à la deuxième dévaluation du taux pivot de la monnaie chinoise par rapport au dollar américain, un geste surprenant dans la mesure où la Chine avait qualifié d’« unique » son premier geste posé 24 heures plus tôt.

L’intervention de la banque centrale chinoise a fait descendre le yuan — ou renminbi — de 1,6 %. Le taux de référence est donc tombé à 6,2298 yuans au dollar. Lundi, l’action de la banque s’était soldée par une première baisse de 2 % par rapport à la devise américaine. Sur deux jours, il s’agit de la baisse la plus importante depuis 1994.

La décision de la Banque populaire de Chine survient au terme d’un été déjà mouvementé, marqué par une déconfiture boursière et une flopée d’indicateurs suggérant que l’économie du pays s’essouffle enfin au terme d’une poussée de croissance spectaculaire.

« Vu la situation économique et financière dans le monde et en Chine, il n’y a pas de fondement pour une dépréciation prolongée », a indiqué la Banque par l’entremise de son porte-parole. Ce dernier, dont la déclaration est affichée en anglais dans le site Internet de la banque centrale, a affirmé que l’économie chinoise demeure solide et qu’elle croît plus vite que celle de la plupart des grandes économies.

Prises de court, presque toutes les grandes places boursières du monde ont perdu du terrain, en Europe comme aux États-Unis. À Toronto, l’indice principal S&P TSX a terminé sur une légère perte de 0,5 % après avoir commencé la journée avec un recul trois fois plus important. À Wall Street, où la journée avait commencé en terrain négatif, le Dow Jones a fini au neutre alors que le S&P s’est permis une légère hausse.

 Données décevantes

La dévaluation a été accompagnée de données signalant que la production industrielle a connu en juillet un taux de croissance décevant. L’avancée de 6 % par rapport à 2014 est certes impressionnante, mais elle est inférieure aux prévisions des analystes, qui attendaient plutôt 6,6 %. En juin, le chiffre était de 6,8 %.

Par ailleurs, de manière globale, les exportations observées au mois de juillet étaient inférieures de 8 % au niveau de juillet 2014. Quant à la croissance économique, elle s’est située à 7,4 % l’an dernier, et tournait à 7 % au deuxième trimestre.

« Dire qu’on parlait d’un ajustement unique », a ironisé la Financière Banque Nationale dans une note d’analyse.

« Certains verront ceci comme une tentative chinoise de répondre aux exigences du Fonds monétaire international pour que le yuan puisse être admis aux droits de tirage spéciaux [un panier de devises utilisé par le FMI], a poursuivi la Financière Banque Nationale. D’autres diront que la Banque populaire de Chine essaie de s’attaquer à la faiblesse économique du pays — la croissance des exportations demeure faible, et l’inflation, en raison du ralentissement, est nettement en dessous de la cible de la banque centrale. Un yuan plus faible aborde ces deux problèmes de front. »

Le Fonds monétaire demande depuis longtemps aux Chinois de laisser flotter leur devise plus librement dans le marché. Mardi, l’organisation a vu d’un oeil positif le geste chinois, mais a incité Pékin à en faire davantage pour que sa devise évolue sans contrainte d’ici deux à trois ans. Le FMI n’a pas réagi lorsque la banque centrale chinoise a de nouveau lâché du lest mercredi.

Le geste de Pékin pourrait avoir des répercussions jusqu’à la Fed. L’agence financière Bloomberg a rappelé les spéculations déjà existantes au sujet d’un éventuel relèvement du taux directeur, lequel pourrait maintenant attendre un peu plus en raison de la décélération de l’économie chinoise. Les économistes commençaient à prédire que la Fed augmenterait son taux dès septembre, mais ils seraient en train de changer d’idée.

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Source : LeDevoir